mercredi 20 janvier 2016

Délit de solidarité - 14 janvier 2016 - Robert Lawrie - TGI Boulogne-sur-Mer

source Reuters



La Voix du Nord - 15/01/16

Calais : pour avoir voulu faire passer une jeune migrante en Angleterre, Rob Lawrie condamné à 1 000 € avec sursis

Rob Lawrie, ressortissant britannique de 49 ans, était accusé d’avoir tenté de faire passer illégalement en Grande-Bretagne une fillette afghane de 4 ans, le 24 octobre dernier, en la cachant dans sa camionnette. Deux Érythréens ont également été découverts à l’arrière du véhicule. Il comparaissait ce jeudi devant le tribunal de Boulogne-sur-Mer, à 13 h 30, non sans soutiens venus en nombre. Le tribunal l’a condamné à 1 000 € d’amende avec sursis, pour mise en danger de la vie d’autrui, et a repoussé l’infraction initiale d’aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger en France.

Avant l’ouverture de son procès, Rob Lawrie avait donné une conférence de presse. Il était accompagné de Bahar, la fillette qu’il a tenté d’amener en Angleterre. Une cinquantaine de journalistes, essentiellement français et britanniques, étaient présents sur place pour couvrir une affaire qui a généré, dès l’automne 2015, une forte mobilisation sur Internet et au Royaume-Uni .
Lors de cette conférence de presse, l’avocate du Britannique (Lucile Abassade) a confirmé qu’elle allait plaider la relaxe pure et simple de son client. « Il reconnaît les faits et les regrette, il a hâte que ça finisse, a-t-elle confié. Ce n’est pas un passeur, et il n’y a pas eu d’échange d’argent. » Elle entendait démontrer au tribunal qu’il y avait une situation de danger pour la petite fille, et que Rob Lawrie avait agi avec elle comme on le ferait avec n’importe quel membre de sa famille

Des soutiens associatifs étaient également présents au tribunal de Boulogne-sur-Mer. « Il a agi comme un être humain, a commenté Nan Suel, responsable de l’association Terre d’erranceTous les jours nous faisons des choses illégales, ne serait-ce qu’en amenant des migrants depuis le camp de Norrent-Fontes jusqu’à la gare. Donc nous devrions tous être condamnés aussi. » Martine Devries, responsable de Médecins du monde, a pointé pour sa part un procès « qui a pour but de décourager les gens d’être simplement humain ».

Salle comble

L’audience devant le tribunal s’est ouverte à 13 h 30. Dans la salle, étaient présents Bahar, la petite fille que Rob Lawrie a tenté d’emmener avec lui, mais également le père de celle-ci. Le ministère public était représenté par Jean-Pierre Valensi, procureur de Boulogne-sur-Mer.
Après un retour sur les faits, le président du tribunal a indiqué qu’il se questionnait sur la possibilité d’ajouter l’infraction de mise en danger de la vie d’autrui en plus de celled’aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger en France. Pour mémoire, Rob Lawrie est accusé d’avoir tenté de faire passer la fillette en la dissimulant dans une cache aménagée dans sa camionette.
Dans ses réquisitions, le procureur de Boulogne-sur-Mer, Jean-Pierre Valensi, a indiqué qu’ildemandait une condamnation (non précisée) pour les faits d’aide à la circulation ou au séjour irrégulier et a requis 1 000 € d’amende pour les faits de mise en danger de la vie d’autrui s’ils étaient retenus. Une lecture des faits repoussée de but en blanc par l’avocate de la défense, qui a fait remarquer que c’est en laissant la petite fille dormir dans la « jungle » qu’on la mettait en danger. Elle a réclamé la relaxe pure et simple de Rob Lawrie.
Après délibération, le tribunal a condamné Rob Lawrie à 1 000 € d’amende avec sursis, pour mise en danger de la vie d’autrui, et a rejeté l’infraction initiale d’aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger en France. Le tribunal a indiqué avoir tenu compte des circonstances et de la personnalité de Rob Lawrie.
Le jugement a été accueilli par des applaudissements dans la salle d’audience.


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Libération

Rob Lawrie : «Je ne voulais pas qu’une petite Afghane passe l’hiver dans la jungle de Calais»

Par  — 13 janvier 2016 à 19:31

Il s’appelle Rob Lawrie, il est britannique, et ce grand costaud de 49 ans, originaire de la banlieue de Leeds, dans le nord de l’Angleterre, père de quatre enfants, est jugé ce jeudi à Boulogne-sur-Mer pour avoir tenté de faire passer en Angleterre une petite Afghane de 4 ans, après des mois d’allers-retours dans la «jungle» de Calais, où il construisait des abris de bois et de bâche avec les exilés. Il reconnaît les faits, et risque 30 000 euros d’amende et 5 ans de prison. «Je suis un gars ordinaire, plaidait-il il y a un mois sur RFI, je ne suis pas une célébrité, je ne suis pas un homme politique, je n’ai pas une vie exceptionnelle. Je suis juste quelqu’un qui, dans la folie d’un moment, a fait quelque chose d’illégal, parce que je ne voulais pas qu’une petite fille de 4 ans passe l’hiver dans la jungle.»
Coup de tête.Est-ce que ce «coup de folie», comme il le dit, fait de cet homme qui a servi sept ans dans l’armée britannique, un passeur ? Aux yeux de la loi, oui. Mais alors que les passeurs de Calais réclament aujourd’hui 5 000 à 6 000 euros en moyenne pour un passage en Angleterre, lui l’a tenté pour rien. C’est ce qu’il affirme, et ce qu’a confirmé à la presse britannique depuis la jungle, Reza Ahamadi, un Afghan de 33 ans, le père de la petite Bahar («printemps» en persan), qui se sent coupable des ennuis de Lawrie.
Tout a commencé fin août, avec la photo du petit Aylan sur la plage de Bodrum. Premier coup de tête : ce grand impulsif vend le véhicule familial et, au grand dam de son épouse (qui a fini par le quitter), laisse en plan son entreprise de nettoyage pour aller aider les réfugiés à Calais. Il y rencontre des Afghans, des Erythréens, des Soudanais, des Syriens, des Kurdes, des Iraniens échoués dans ce cul-de-sac au bord de la Manche. Il déclenche un appel aux dons, en argent et en nature. Et fait des allers-retours entre les magasins de bricolage et la jungle, il creuse, plante des clous, construit avec les migrants, écoute leurs histoires. Il est choqué par les horreurs que lui racontent les Soudanais sur la guerre au Darfour ou les Afghans sur les exactions des talibans. Sur Facebook, il met les migrants en scène, chaussures aux pieds ou dans leurs cabanes, afin de montrer aux donateurs les résultats de leur générosité.
«Lieu violent».Et puis il rencontre Bahar et son père. La petite brune souriante aux grands yeux bridés est joyeuse et joueuse. Il la surnomme Bru. On la voit, dans un petit film sur le Facebook de Rob Lawrie, jouer à cache-cache avec lui, embrasser sa joue. L’homme s’attache à la petite et à son père. Jusqu’à l’excès.
Il est 22 heures ce 24 octobre. Alors qu’il s’apprête à prendre son ferry pour Douvres, Rob est assis près d’un feu de camp avec Reza et sa fille. La petite s’endort sur ses genoux, et il craque. Selon lui, le père de l’enfant lui avait demandé plusieurs fois d’emmener sa fille rejoindre des cousins à Leeds. Il avait toujours refusé, mais il n’arrive plus à dire non. Son avocate, Lucile Abassade, raconte : «Il a pris la petite fille endormie, il l’a installée au-dessus du siège du conducteur, dans une petite cachette.» Au contrôle, les chiens des policiers anglais ont reniflé quelque chose : deux Erythréens s’étaient glissés dans son camion. Une fois dans les locaux de la police, menottes aux poignets, il voit arriver la petite Bahar en pleurs, qui lui saute dans les bras dès qu’elle le voit. Rob Lawrie a été libéré en attendant son procès, mais ne retourne plus dans la jungle. Il continue à recueillir des fonds pour les migrants. Son entreprise, elle, est en faillite.
Il dit qu’il regrette, pour les ennuis que ça lui rapporte, mais continue à défendre la justesse de son action. «Je l’ai fait […] pour sauver une petite fille de 4 ans des horreurs de la jungle, un lieu violent, a-t-il confié à RFI. Je ne dis pas "ouvrez les frontières et laissez entrer tout le monde", ce serait stupide. Mais je ne comprends pas que les pouvoirs en place ne me laissent pas emmener une petite fille dans sa famille à Leeds, qui va l’aimer, l’abriter, l’éduquer, plutôt que de la laisser dans une décharge avec des produits chimiques, où il fait froid, où il y a déjà eu des incendies, les gens vivent dans des tentes, cuisinent sur des bonbonnes de gaz. Pas besoin d’être un génie pour prédire ce qu’il va arriver. Ça se passe aujourd’hui en Europe, c’est de la folie. Pourquoi on laisse faire cela ?»
Pétition.En ce moment à Calais, il y a du vent, de la pluie et le thermomètre devrait descendre en dessous de zéro à la fin du week-end. Aux dernières nouvelles, Bahar et Reza étaient toujours dans la jungle, dans une vieille caravane donnée par une association. Ils n’avaient pas rejoint les conteneurs chauffés du centre d’accueil provisoire qui a ouvert lundi, et où 1 500 personnes doivent être logées d’ici à fin janvier.
Deux pétitions, qui réclamaient la clémence pour Lawrie, ont recueilli plus de 118 000 signatures en France, 53 000 au Royaume-Uni. «Je ne dors pas beaucoup la nuit, dit-il. Quand je me sens déprimé, je vais lire les commentaires sur le site des pétitions, ça me remonte le moral.» 

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